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21En résumé, Le Buteur et Compétition chamboulent leurs unités d’information habituelle pour faire place à un traitement médiatique concentré sur la rencontre Égypte-Algérie. Le match Égypte-Algérie prend le dessus sur toute autre information locale, selon les dirigeants des deux journaux. 6 Les enseignants locaux sont recrutés directement par l’établissement selon des grilles spécifiques. Repeint en blanc et bleu à l’occasion de la visite de François Hollande pendant la campagne électorale de 2012, l’établissement contraste avec l’environnement et les bâtiments désormais vétustes de la cité des Asphodèles. Elles sont d’abord physiques, à l’image du mur de sécurité qui encercle l’établissement et sépare, après les heures de travail, les uns des autres. Les mesures de sécurité routinières imposent le passage par un sas où les corps, les voitures et les objets sont sommairement contrôlés. Situé en face de la cité des Asphodèles anciennement destinée à accueillir les enseignants du secondaire et du supérieur, entre l’autoroute, la faculté de droit, et les quartiers prisés des hauteurs d’Alger (El Biar et Hydra), le lycée est protégé par un imposant mur blanc, deux portails surveillés de jour comme de nuit, et une camionnette de police à demeure.

Même si on est journalistes, on est Algériens avant tout, et donc le jour du match, on perd un petit peu le fil. Dans l’emplacement devant le lycée, se forment des groupes mixtes d’élèves qui, dans une atmosphère relâchée peu usuelle à Alger, occupent librement l’espace. La porosité de l’espace hétérotopique produit une familiarité qui dépasse le cadre professionnel, comme l’illustre le tutoiement presque automatique entre titulaires expatriés et membres de la direction. Aujourd’hui elle inclut six membres de direction5, et plus de cent soixante-dix-huit employés entre agents et professeurs. 3L’ethnographie du liad, menée comme une étude de cas élargie (Gluckman 1940), a mobilisé plusieurs méthodes : la consultation des archives du lycée (conseils d’établissement, projet d’établissement) depuis son ouverture, le recueil d’entretiens biographiques et compréhensifs avec des membres de l’administration et plus d’une vingtaine d’enseignants, l’observation participante à l’intérieur et à l’extérieur du périmètre de l’établissement, la participation observante pendant un trimestre en tant que professeure remplaçante de sciences économiques et sociales. La proposition d’occuper un poste de travail entre décembre 2013 et février 2014 m’a été faite un an après le début de l’étude, alors que j’avais déjà collecté la plupart des archives et réalisé la majorité des entretiens.

Les quelques quatre-vingt enseignants sont répartis entre recrutés locaux6 (69,5 % à l’ouverture et 49,4 % en 2013) et titulaires de l’éducation nationale française, avec un statut d’expatrié7 (30,5 % en 2002, 15,7 % en 2003 et 16,5 % en 2013) ou de résident8 (absents en 2002, 18,4 % en 2003 et 34,1 % en 2013). Les deux catégories de titulaires bénéficient d’une enveloppe supplémentaire à leur salaire sous forme d’une prime d’expatriation pour les uns et d’une indemnité spécifique de vie locale (isvl) pour les autres. En regardant dans le rétro, on se rend compte que même durant la Décennie noire (la guerre civile algérienne, marquée par d’innombrables exactions terroristes entre 1991 et 2002, a fait près de 150 000 morts), les gens continuaient à venir au stade. 94Informer, narrativiser, analyser et commenter « la réalité » dans cet événement footballistique consiste, pour la presse francophone algérienne, à imposer une forme d’écriture appuyée par une forte mobilisation du parler populaire : 224 mots et expressions sont repris dans le discours rapporté contre 232 employés dans le « propre » discours journalistique, dont seulement 109 utilisés par la presse sportive.

eva cats in a basket white black fur furry Nous aussi, on a nos expressions. Nous examinons 773 articles publiés entre le 13 et le 19 novembre 20095. L’intérêt de cette démarche est de mettre en relief l’événement médiatique pour y repérer la place du parler populaire. Au sujet d’un ancien résident, Laurent, politiquement engagé dans les mouvements antiracistes, me dira : « Qu’est-ce qu’il nous a fait chier avec sa nationalité algérienne ! 10 ans, c’est pas vrai, c’est pas 10 ans, pourquoi dire que c’est nouveau, il y avait une continuité réelle et ce qui est hyper intéressant c’est justement le fait que ça renaisse une deuxième vie et qu’il y a des gens qui sont là et qui font le pont, eux ont été niés, niés ! C’est là que le match est sorti de son contexte purement footballistique. ’on a n’est pas représentative, on est forcément déformé par le monde qu’on côtoie, c’est une espèce de bulle »10.

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